Un mot de Sophie Corriveau, directrice artistique et générale de Danse-Cité.

Un mot de Sophie Corriveau, directrice artistique et générale de Danse-Cité.

C’est dans notre ADN d’être ensemble, de créer, de partager, de rêver, pas seulement comme artistes, mais simplement parce que c’est dans la nature humaine. Les théâtres de partout ont fermé leurs portes depuis plusieurs semaines. La distanciation sociale est de mise et on s’ajuste à une nouvelle normalité que l’on espère éphémère mais qui le semble de moins en moins. Nous ne savons pas ce que sera l’automne, ni ce que nous réserve l’entièreté de la saison prochaine.

C’est ma première année à la direction artistique de Danse-Cité. Je l’ai passée à imaginer, à apprendre, à rêver, à discuter, à rencontrer, à partager, à cogiter. Et là, pouf, tout est gelé. Un grand vertige s’est installé et le temps n’a plus la même épaisseur. Au début, une urgence. L’urgence des annulations, des reports, une stupéfaction aussi et un désir de sauvegarder le plus possible. Aujourd’hui, c’est plutôt un questionnement qui surgit.

J’aime l’être ensemble de la danse et l’expérience que l’on y vit. La danse est dans la relation entre le danseur et le public, elle est aussi dans la relation des spectateurs entre eux, dans cette expérience. Alors oui, utiliser ce temps aujourd’hui pour revoir nos modes de création et permettre aux artistes de déployer d’une certaine façon ce sur quoi ils rêvent et bûchent depuis des mois, sinon des années. Et oui, intégrer les potentiels d’accessibilité que mettent en lumière, ou en action, la crise actuelle. Mais aussi et surtout, imaginer et préparer un retour de l’expérience scénique. L’art vivant ne va pas s’effacer et il est essentiel. J’ai hâte d’aller au théâtre même si les règles y doivent y être repensées. La portée sociale et le potentiel poétique et politique de l’art vivant, de la danse, me semblent encore et toujours ce que l’on doit préserver et défendre, becs et ongles, dans la résilience et la créativité, avec une imagination élargie par les événements actuels.

Alors on continue, on reste présent.

Au sein d’Art Circulation, Danse-Cité oeuvre présentement avec deux artistes chorégraphes, Eduardo Ruiz Vergara et Helen Simard, dont la première de l’oeuvre Papillon sera présentée (si tout va bien…) cet automne, dans la prochaine saison de Danse-Cité. L’oeuvre d’Eduardo, El silencio de las cosas presentes, est une réflexion artistique sur le toucher et la douleur, une exploration des frontières physiques du corps qui s’articule comme un chant polyphonique, à la fois déconcertant et familier. Celle d’Helen Simard, Papillon, combine les esthétiques des danses urbaines et contemporaines et juxtapose trois solos et la musique expérimentale live dans un trio au maillage complexe qui explore les limites fines entre ordre et désordre. Je termine ici en leur laissant les derniers mots, des mots écrits il y a quelques mois, mais qui semblent encore plus actuels aujourd’hui:

 

© Gigiola Caceres

 

Ensemble, nous avons créé un lieu où la sensibilité et les errances sensorielles ont tout l’espace pour se développer et muter. Ce qui m’intéresse, c’est d’ouvrir, d’installer un espace de rencontre, d’échange, de connaissance autour de ces questions : Quels sont les enjeux liés à la proximité? Quelle est la force du toucher contextualisé dans une culture ? “ – Eduardo Ruiz Vergara

(Interprètes: Sophie Levasseur, Marie Mougeolle, Eduardo Ruiz Vergara

© Roger White

Avec PAPILLON, je souhaite explorer comment ma signature gestuelle pourrait être transformée en l’expression d’un corps collectif ou d’une identité imaginaire unique qui existerait entre moi et les 3 interprètes, Nindy Banks, Victoria Mackenzie et Mecdy Jean-Pierre: me reconnaître dans leur danse, tout en reconnaissant l’espace que le danseur occupe en moi. Que peut-on attendre de l’inattendu ? Que peut-on reconnaître dans le chaotique, dans un monde régi par l’imprévisibilité ?“ – Helen Simard