Voir la page
Les voix de nos artistes

Les voix de nos artistes

Prenez le temps de découvrir les voix singulières de nos artistes !

Benoît Lachambre / Par B.L.eux – Quand la danse retrouvera le corps

Marie Béland / maribé, sors de ce corps – Le réel de la fiction : Réflexions

Caroline Laurin Beaucage / Montréal Danse – La pulsation, le souffle, la suspension

Mélanie Demers / MAYDAY – Relai identitaire

Émile Pineault / Danse-Cité – Performance post-acrobatique

Le corps selon… Benoît Lachambre, Kathy Casey, Mélanie Demers, Marie Béland, David Albert-Toth & Emily Gualtieri

Voir la page
Fluid Grounds de Benoît Lachambre I Par B.L.eux Première européenne au Centre national de la danse de Pantin

Fluid Grounds de Benoît Lachambre I Par B.L.eux Première européenne au Centre national de la danse de Pantin

Fluid Grounds, le dernier opus de Par B.L.eux, en collaboration avec Sophie Corriveau sera présentée en première européenne au Centre national de la danse de Pantin le 20 juin 2018 en entrée libre. Une co-présentation du Centre national de la danse et June Events dans le cadre de l’événement Camping #4.

Benoît Lachambre est également présent à titre d’enseignant lors de Camping #4. il y dispense 2 semaines d’ateliers intensifs autour de l’oeuvre Fluid Grounds, des pratiques somatiques et du processus créatif.

Voir la page
CARTE BLANCHE À MARIE BÉLAND – LE RÉEL DE LA FICTION : RÉFLEXIONS

CARTE BLANCHE À MARIE BÉLAND – LE RÉEL DE LA FICTION : RÉFLEXIONS

Marie Béland – maribé – sors de ce corps
© Jean-François Brière

Depuis 15 ans, Marie Béland chorégraphie des œuvres en apparence insouciantes où le corps excède la danse : corps réel, quotidien, ordinaire sont au centre d’une organisation chorégraphique fine et complexe et servent de fond à une profonde réflexion sur la nature humaine et les enjeux sociaux.

« Quel rapport entretient l’art vivant avec la fiction ? Dans mon travail, j’ai souvent préconisé un rapprochement avec une certaine « réalité » : en plaçant les interprètes dans leur propre rôle, en traversant le quatrième mur, en parlant de l’œuvre au sein même de celle-ci, etc. Ces stratégies avaient pour ambition d’amincir la distance entre l’art, l’artiste, le spectateur et la vie. Au final, cette distance demeure et suscite chez moi un nombre croissant d’interrogations.

La question du vrai n’est pas récente : la notion de 4e mur apparait au 18e siècle justement pour permettre aux comédiens de tourner le dos au public, créant ainsi un jeu « vraisemblable ». C’est tout le paradoxe qui continue à nourrir l’art vivant. Les codes et les techniques, même celles qui souhaitent libérer le corps, lui donnent sa facture fabriquée. Quel serait donc ce corps « véritable », alors que chacun de nos comportements est dicté par nos apprentissages ? Et un corps qui ne serait pas rompu aux codes de la représentation serait-il pour autant libre ?

À mon sens, la scène n’est peut-être que le cadrage placé autour de l’aspect construit et artificiel de nos vies. Entre la scène et la vie, un continuum de vrai et de faux, qui permet à l’art d’être rempli de vérités, et à la vie d’être remplie, de partitions, de prévisibilité. Sur la scène, tout est vrai : la coprésence des artistes et spectateurs rassemblés, l’aspect immédiat (sans médiation) de l’expérience de l’œuvre, l’unicité du moment, non reproductible à l’identique. Et tout est faux : les artifices de la représentation, le décorum du spectacle, la partition de l’œuvre, qui, peu importe son degré d’aléatoire, fera toujours office de texte à jouer.

N’est-ce pas aussi là notre lot quotidien ? Notre day-to-day n’est-il pas aussi un enchevêtrement complexe de réel et de fiction ? Cela rend l’idée de réalité toute relative. Nous pourrions dire que le spectacle le plus « réaliste » serait celui qui pourrait dépeindre avec le plus de correspondances la réalité (laquelle ?) ou le quotidien (celui de qui ?). Pourtant, le mouvement dansé le plus complexe dépeint lui aussi une réalité, moins commune, mais tout aussi valide, et partagée à tout le moins par tous ceux en mesure de l’exécuter (les danseurs).

Ainsi, le spectacle est pour moi toujours et aussi pertinent dans sa manière de refléter ce que nous sommes, jusque dans notre rapport ambigu et paradoxal au réel et au véritable. »

Marie Béland

BESIDE

COPRODUCTION : MARIBÉ – SORS DE CE CORPS & MONTRÉAL DANSE. PARTENAIRES : CARDIFF DANCE FESTIVAL ET DANCE 4 NOTTINGHAM

Voir la page
Le corps selon…

Le corps selon…

LE CORPS SELON…

Marie Béland :

« Je pense le corps comme l’expression de tout ce que nous absorbons. Tout ce que nos sens peuvent percevoir nous sculpte, nous forme, puis nous anime, nous fait agir. Nos pensées, nos opinions, nos émotions transforment la chair et la propulsent. Nous corps sont vecteurs. Je me fous bien de savoir si on appelle ça de la danse. Je suis fascinée par ce que le corps a de vivant. »

Benoît Lachambre :

« Le corps est à la fois un vecteur de sens et de liens. Il propose un laboratoire d’exploration des mobilités et des dynamiques en redéfinition de tout ce qui le conçoit.

Sa mobilité n’est pas que spatiale, elle est identitaire et en mutation cellulaire constante. Il est ainsi en cycle perpétuel de transformation. Le corps n’est pas qu’une entité divisée et autonome. Le corps est liant, en mouvance. Il est reconnaissance et cohabitation, et coexiste avec tout ce qui l’entoure et le constitue en acte de création. Définissant ses adaptations en mesure à son environnement, il devient, par le biais de ses sens cette multiplicité d’influences. Les capacités empathiques du corps surpassent les attentes et les valeurs préconçues.

Il propose une infinité de possible égale à l’ouverture que nous sommes prêts à lui offrir. »

Mélanie Demers :

« Le corps est échec

Le corps est célébration

Le corps est prison

Le corps est cérémonie

Le corps est blessé, humilié

Le corps est carte routière oubliée au fond du coffre à gant

Le corps est véhicule

Le corps est signe distinctif

Le corps est marché aux puces, pawn shop, boîte de nuit

Le corps est aux enchères

Le corps est couvert

Le corps est menaces

Le corps est baisé

Le corps est sans l’ombre d’un doute

Le corps est soins palliatifs

Le corps est souverain

Le corps est magique

Le corps est sexe gluant

Le corps est petit bébé fragile qu’on protège sinon il va mourir

Le corps est choc nerveux

Le corps est signe vital

Le corps est secousses

Le corps est toute chose

Le corps est chair à canon

Le corps est point faible

Le corps est esclave

Le corps est enclave

Le corps est somme toute

Le corps est éruption

Le corps est chasse gardée

Le corps est rupture de stock

Le corps est disparition

Le corps est en voie d’extinction

Le corps est corde sensible

Le corps est machine de guerre

Le corps est inventaire

Le corps est laid

Le corps est parfait comme il est. »

 Kathy Casey :

« Dans notre récente création, Instant Community, ma vision du corps performant a été modifiée. La pièce est une réflexion sur la façon dont nous filmons, presque par réflexe, tout ce que nous expérimentons, de sorte que ce réel devient virtuel. Le mouvement des interprètes de la pièce était déterminé par un impératif : que leurs images projetées aient la qualité de mouvement des illusions visuelles créées. Les danseurs ‘réels’ sont ainsi devenus secondaires, dans un sens, par rapport à leurs projections virtuelles. Les actions réelles semblaient souvent banales en comparaison de leurs projections plus spectaculaires. La surprise a été de constater à quel point la présence de cette performance secondaire méritait d’être regardé. »

 David Albert-Toth & Emily Gualtieri :

« Nous voyons le corps à la fois comme le véhicule de notre volonté et comme une force de résistance. Toutes nos histoires sont contenues en lui, et c’est par lui que nous faisons de notre mieux pour les raconter. Il est aussi notre coquille, notre barrière protectrice. Il doit être nourri et renforcé. Il doit également être brisé. Le corps est alors fondamentalement le point de rencontre entre l’intérieur et l’extérieur, à la fois sur un plan physiologique, très réel, que sur un plan poétique. C’est dans l’impétueuse rencontre des solitudes contrastées (dedans/dehors, désiré/non désiré…) que notre vérité émane. Il est donc intéressant de s’interroger sur la façon dont nous mettons le corps en dialogue avec lui-même. »

Voir la page
PERFORMANCE POST-ACROBATIQUE

PERFORMANCE POST-ACROBATIQUE

EMILE PINEAULT / DANSE-CITÉ
© Julien Brun

Immergé dans le monde du cirque depuis son plus jeune âge et acrobate professionnel depuis quelques années, Emile Pineault a vécu une remise en question profonde de sa pratique et du milieu artistique dans lequel il évolue. Il comprend le corps de la même manière qu’il comprend le théâtre : comme un espace devenu hermétique par les conventions auxquelles il est soumis, mais qui peut éventuellement s’ouvrir, se multiplier et fleurir par une transgression sensible de ces mêmes conventions. Se positionnant en rupture avec les esthétiques actuelles qui tendent à définir et encadrer la pratique du cirque, Emile désorganise les cadres, met à l’épreuve les codes et leurs limites, s’en émancipe, afin de les dépasser. Son corps devient le territoire de ces explorations.

«Par le mouvement, je travaille à dé-formaliser le corps. Je pousse le mouvement plus loin, surpassant ainsi mon corps, mes propres limites, les limites du cirque et de la forme même. (…) Comment est-il possible de donner accès au spectateur aux sensations douloureuses et exquises que l’acrobate négocie constamment?  Je souhaite faire de l’acrobatie une expérience partagée, aussi viscérale que palpable autant pour le spectateur que pour l’acrobate.»

Normal Desires, son nouveau solo, invite le spectateur à se faufiler dans la peau de l’acrobate. Sur scène, interconnectée au son et à la lumière, une figure seule est en constant débordement, ses contours troublés par une extase cinétique. L’impact, le flux, la répétition, la contrainte, la compression, la poussée, la chaleur, la vibration nous font voyager à travers une série d’états et d’espaces affectifs. Des formes inhabituelles émergent, à la fois charnelles,rigoureuses et hypnotisantes. Le corps d’Emile Pineault dans Normal Desires refuse la normalité et la convention pour partager une expérience sensorielle de l’acrobatie, à la fois subtile et intense.

L’intégralité de Normal Desires (60 minutes) sera présentée lors de la 37e saison de Danse-Cité (www.danse-cite.org) : du 22 novembre au 1er décembre 2018, pour 8 représentations, à La Chapelle Scènes Contemporaines.

NORMAL DESIRES est une production de Danse-Cité, en collaboration avec Emile Pineault. Avec le soutien financier du Conseil des Arts et des Lettres du Québec.

Voir la page
LA PULSATION, LE SOUFFLE, LA SUSPENSION

LA PULSATION, LE SOUFFLE, LA SUSPENSION

CAROLINE LAURIN-BEAUCAGE / LORGANISME + MONTRÉAL DANSE

 © Caroline Désilets
Une pièce scénique, une projection architecturale, un solo in situ… Avec Rebo(u)nd, Ground, Habiter sa mémoire, la chorégraphe multiplie les projets. Trois créations très distinctes… mais intimement liées.

D’œuvre en œuvre, sur scène et hors scène,avec une sincérité évidente, Caroline engage le spectateur à vivre et réfléchir le corps. Elle captive par l’attention portée à la biomécanique, à la précision et à la répétition et  l’amplification des gestes. Ici, le corps n’est pas prouesses, mais sensibilité, lien à l’âme et évolue au cœur d’un univers chorégraphique épuré tout autant que poétique. Influencé et enrichi par les sciences (neuroscience, anatomie, psychologie, philosophie…), l’imaginaire de la créatrice livre pourtant des œuvres très sensibles, ouvertes, accessibles à tous.

SOUFFLE

Performance de longue durée Habiter sa mémoire est à la fois un travail de recherche continu et une offrande aux passants et à la cité. Durant quatre heures, installée dans un cube transparent sans murs, la chorégraphe et danseuse replonge au cœur de son parcours d’interprète, pour faire émerger toutes les traces et mémoires de son corps. Offrant humblement son art vivant aux promeneurs et citoyens des villes d’ici et d’ailleurs, et ce par tous les temps, elle crée une rencontre simple et touchante(efficace) entre la danse contemporaine, le travail patient du corps, et l’espace public.

PULSATION

Ground,pièce scénique en création pour cinq interprètes, travaille sur les liens tissés par tout ce qui nous contraint physiquement, organiquement, c’est-à-dire la gravité, notre lien terrestre, celui où le corps est constamment et subtilement en lutte pour fonctionner. Travaillant sur des gestes copiés et amplifiés par le groupe, sur le corps individuel autant que le corps social, Ground se fait révélateur de nos pulsions communes, de nos élans solidaires.

SUSPENSION

Rebo(u)nd, véritable chorégraphie de la suspension, expose l’instant éphémère où le danseur fl otte, entre l’élan et la chute, entre liberté et déséquilibre. Cette projection vidéo architecturale de danseurs captés en plein vol au ralenti sera présentée en mapping sur les murs d’édifices au cœur des villes. Au cœur de ce projet, son envie de partager l’abandon et la liberté que la danse lui procure depuis tant d’années, une soif d’offrir une fenêtre sur cet art :

«J’AI EU ENVIE QU’EN UN CLIN D’ŒIL CETTE SENSATION DE DÉSÉQUILIBRE, DE LÉGÈRETÉ PUISSE ÊTRE PALPABLE ET ACCESSIBLE À TOUS. J’AI EU ENVIE DE VOIR L’ÉLAN DU CORPS FAIRE PARTIE DE NOTRE ARCHITECTURE, DE NOTRE ENVIRONNEMENT URBAIN.»

.

HABITER SA MÉMOIRE - LORGANISME

GROUND et REBO(U)ND – Productions de Montréal Danse, Lorganisme, Hub Studio en coproduction avec l’Agora de la danse

GROUND + REBO(U)ND font partie des 200 projets exceptionnels soutenus par l’initiative Nouveau Chapitre du Conseil des arts du Canada. Avec cette initiative de 35M$, le Conseil des arts appuie la création et le partage des arts au cœur de nos vies et dans l’ensemble du Canada.

RELAI IDENTITAIRE

MÉLANIE DEMERS / MAYDAY

© Sabrina Reeves
Artiste multiplateforme, Mélanie Demers séduit par son travail original, riche et complexe, empreint d’une énergie explosive et d’une grande intensité dramatique. Elle a reçu le Prix du Conseil des arts et des lettres du Québec pour la meilleure œuvre chorégraphique pour sa pièce WOULD en 2015 et se mérite, pour la pièce Icône Pop, le Buddies in Bad Times Vanguard Award for Risk and Innovation suite à son passage au SummerWorks Performance Festival à Toronto en 2017.

Avec Danse Mutante, la chorégraphe s’attaque à un projet de relai chorégraphique qui revisite l’idée de la co-création et de la collaboration. Telle une suite évolutive, trois chorégraphes, sur trois continents se relaieront le fruit de leur labeur. L’œuvre originale de Mélanie Demers, créée à Montréal et présentée en ouverture du OFFTA 2018, est le point de départ d’une suite de mutations qui se déploieront, avec pour seul indice, le plus récent opus. Les danseurs, au cœur du projet, en portent la mémoire et le savoir. En effet, fidèle à ses habitudes, la chorégraphe a travaillé étroitement avec ses collaborateurs. Ici, Francis Ducharme et Riley Sims se retrouvent investis de la mission de faire vivre un duo voué à une éternelle transformation.

«CE SONT EUX [LES DANSEURS], LES DÉPOSITAIRES DU PROJET, LE POINT FOCAL DE DANSE MUTANTE. EUX QUI VOYAGENT,QUI RENCONTRENT LES CHORÉGRAPHES : C’EST LA MUTATION MÊME.»

Si Danse Mutante propose par sa forme un regard original sur le travail de création et sur la maternité des idées, le fond s’en trouve inévitablement teinté et l’idée de transformation devient intrinsèque       à la création. Les danseurs voyageront à la rencontre des chorégraphes et la pièce se transformera selon les visions de Ann Liv Young (New York), Kettly Noël (Bamako) et Ann Van den Broek (Anvers/ Rotterdam). Ces trois artistes, confrontées à l’œuvre précédente, en distilleront une autre déclinaison où en ressortira à chaque halte une DanseMutante corrompue,remixée,revisitée,renversée peut-être. Les volets de DanseMutante seront présentés, ensemble ou séparés, tandis que l’œuvre entière,sous forme d’événement-marathon sera dévoilée à Montréal à l’automne 2019. Les danseurs, comme un exploit sportif,traverseront les quatre déclinaisons dans une danse en constante mutation.

Mélanie Demers a repris également ce printemps Icône Pop, un solo accompagné de musique live, dans un stationnement souterrain de Montréal. Dans cette œuvre, plus près de la performance que de la danse, se dessine le portrait d’une identité féminine dispersée où les multiples postures de la femme se succèdent. De Beyoncé à la Vierge Marie.

DANSE-MUTANTE en ouverture du OFFTA 2018 (Montréal) – En partenariat avec l’Agora de la danse

ICÔNE POP – Une coproduction du Operaestate Festival – Comune di Bassano del Grappa.

Danse Mutante est l’un des 200 projets exceptionnels soutenus par le programme Nouveau chapitre du Conseil des arts du Canada. Avec cet investissement de 35 M$, le Conseil des arts appuie la création et le partage des arts au cœur de nos vies et dans l’ensemble du Canada.

Voir la page
QUAND LA DANSE RETROUVERA LE CORPS…

QUAND LA DANSE RETROUVERA LE CORPS…

Entretien avec
BENOÎT LACHAMBRE / COMPAGNIE PAR B.L.EUX

(c)Laurent Theillet

Sous la direction et la conception visuelle et kinesthésique de Benoît Lachambre, Fluid Grounds a été présentée en première mondiale au Festival TransAmériques les 1, 2 et 3 juin 2018. Fluid Grounds est le deuxième volet d’une trilogie amorcée par la pièce Lifeguard.

Au cœur de votre approche et de votre pédagogie, de votre travail il y a la notion de se reconnecter à soi ainsi que les uns aux autres. La notion du lien entre les corps est très importante dans votre démarche artistique, pourquoi ?

Pour moi, il est primordial de travailler de façon horizontale sur les «relations», d’être à l’écoute des potentiels sensibles de nos corps et des multiples liens que nous entretenons avec notre environnement. Nous devons réellement nous interroger sur les concepts rationnels et patriarcaux ancrés dans nos systèmes pour redécouvrir comment les corps peuvent servir de catalyseurs en créant du lien et du sens entre ce que chacun peut ressentir.

Depuis notre tendre enfance, et dès lors que l’éducation politisée commence à faire effet sur le développement des consciences, nous sommes amenés à diviser le corps par rapport à lui-même puis dans la relation qu’il entretient avec l’environnement, et ce à plusieurs niveaux. Nous devons travailler à reconnecter les liens si nous voulons continuer à évoluer en tant qu’espèce, changer notre rapport à l’être et à la vie et modifier notre comportement en profondeur. Il s’agit d’un long processus. Nous sommes coincés dans ces schémas de division avec tout ce qui nous entoure, et même avec notre propre corps, au point de devoir nousréapprendre nous-mêmes. C’est pourquoi je crée et j’enseigne de manière somatique.

Les pratiques somatiques m’aident à éclaircir ce qu’est l’essentiel.Ce mouvement de quête d’authenticité m’amène à un travail sur tout ce qui est relation, sous toutes formes de liens et de vie. Je perçois ainsi une étincelle de ce que peuvent constituer les fonctions primordiales de la danse. Le travail somatique apprend à plonger profondément dans les multiples couches de consciences. Je perçois par celui-ci, la profondeur de l’histoire qui se dégage de la vie qui m’entoure et me constitue. Je suis profondément respectueux des pensées autochtones. Je tiens à reconnaitre que je suis né et que je vis sur un territoire Mohawk non cédé. Une décolonisation de nos esprits et de nos corps est souhaitable si nous voulons envisager un développement de nos consciences.

Dans mes créations comme dans ma pédagogie, je cherche des liens auxquels je pourrais me reconnecter pour travailler sur les souvenirs instinctifs. C’est pourquoi je travaille de façons soutenues et malléables avec l’énergie et les champs magnétiques. C’est comme s’il s’agissait de souvenirs et de connaissances organiques que nous aurions perdus. La danse a été détournée de son but originel pour devenir un produit pour des raisons économiques et politiques. En mettant la fonction empathique de la danse au premier plan, nous prendrons conscience que c’est une nécessité ancestrale intercorps, interespèces et interespaces qui véhicule d’importants transferts de forces et de vie. Quand la danse retrouvera le corps, nous commencerons à la vivre tous les jours comme quelque chose pouvant constituer des structures qui nous feront changer nos manières de penser la vie et l’environnement.

La standardisation ferme et limite la connaissance à quelque chose de très cartésien. J’essaie constamment de défaire cela dans ma démarche artistique et pédagogique et de proposer des exercices et des façons d’envisager une existence plus multiple. Ainsi je mets en exergue des connaissances somatiques anciennes existantes dans beaucoup de cultures non occidentales et trop souvent refoulées par la standardisation.

Comment les pratiques somatiques intègrent-elles le spectateur dans votre travail?

En proposant ces pratiques, je suggère au spectateur une nouvelle façon de s’impliquer dans l’espace, dans le temps et dans les relations. Je l’invite à prendre conscience de son potentiel et j’essaie de créer une parenthèse inclusive qui permet d’intégrer l’espace en communauté. Nous sommes tous uniques, c’est grâce à cette singularité que nous sommes aptes à communiquer par le biais de l’espace. Dans mon travail, je souhaite un spectateur libre de ses points de vue et de sa mobilité.

Le spectateur devient-il donc un élément chorégraphique ?

La dynamique qu’insufflent le spectateur et sa manière de se positionner dans l’espace par rapport aux autres devient pour moi une chorégraphie spontanée. Cela crée une sorte de chorégraphie des liens, de la communauté, définie par des présences en mouvement. Dans mon travail, le corps est constamment en lien et c’est dans ce lien-là qu’il y a le plus de mobilité et de danse.

LES PRATIQUES SOMATIQUES M’AIDENT À ÉCLAIRCIR CE QU’EST L’ESSENTIEL. CE MOUVEMENT DE QUÊTE D’AUTHENTICITÉ M’AMÈNE À UN TRAVAIL SUR TOUT CE QUI EST RELATION, SOUS TOUTES FORMES DE LIENS ET DE VIE

FLUID GROUNDS EST UNE PRODUCTION DE PAR B.L.EUX ET SOPHIE CORRIVEAU

Voir la page
Art Circulation : Un magazine pour mieux découvrir les démarches artistiques de nos compagnies !

Art Circulation : Un magazine pour mieux découvrir les démarches artistiques de nos compagnies !

Art Circulation a désormais son journal ! Suivez le lien pour le découvrir

Bonne lecture !

Voir la page
Art Circulation during FTA 2018

Art Circulation during FTA 2018

Venez à la rencontre de nos artistes et de leurs œuvres pendant le Festival TransAmériques 2018 !

Découvrez ici le programme complet